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Relever les données probantes

LES RÉSULTATS DE RECHERCHE NE SE VALENT PAS TOUS, ET IL FAUT DU DISCERNEMENT POUR SÉPARER LE BON GRAIN DE L’IVRAIE AFIN DE NE CONSERVER QUE LES MEILLEURS INGRÉDIENTS DE LA « RECETTE » DU RÉSUMÉ 12 .

La recherche des données probantes suppose une démarche méthodique commençant par la détermination des termes de recherche et des bases de données appropriés. Ensuite — et la tâche est encore plus complexe —, il s’agit d’évaluer les données probantes recensées pour relever les plus pertinentes, qui figureront dans le résumé. Étant donné que le résumé ne peut renvoyer qu’aux données probantes les plus concluantes disponibles, ces tâches sont de la toute première importance.

La présente section offre un aperçu des données probantes, et elle préconise que, dans la mesure du possible, le résumé s’en remette à des conclusions tirées d’études méthodiques ou de synthèses. Il n’en reste pas moins que les données probantes de toute nature peuvent être utiles pour éclairer la prise de décisions et l’élaboration de politiques, et le sujet du résumé dictera souvent la nature des données probantes les plus pertinentes.

L’objectif proposé

Les étudiants seront en mesure de démontrer leur capacité de rechercher des données probantes, de les évaluer pour en déterminer la nature et d’apprécier la robustesse des données de la recherche sélectionnées afin de démystifier un mythe répandu concernant les services de santé.

La hiérarchie des données issues de la recherche

Les résultats de la recherche ne se valent pas tous. Ainsi, la FCRSS propose que la recherche médicale axée sur l’efficacité produise des « données scientifiques absolues », soit indépendantes du contexte, tandis que la recherche sociale appliquée est une source de données scientifiques « contextuelles », donc sensibles au contexte. Ces catégories de données probantes ne sont pas en opposition. En réalité, ces formes de données probantes jouent un rôle important, de même que l’expertise, les points de vue et l’expérience des intervenants (qui composent les « données probantes informelles » (colloquial), pour guider de façon éclairée le système de santé 11 .

Comme suite à Conceptualiser et regrouper les données probantes pour guider le système de santé, la FCRSS a adopté la définition suivante de donnée probante :

La donnée probante est essentiellement l’information la plus précise sur les faits relatifs au sujet. La forme de cette information varie selon le contexte. Les résultats de la recherche rigoureuse sur le plan méthodologique représentent les données probantes les plus exactes. Parce que la recherche est souvent incomplète et parfois contradictoire ou inexistante, d’autres types de données sont nécessaires à titre de complément d’information à la recherche ou pour en tenir lieu. Les fondements probants d’une décision sont composés des diverses formes de données probantes, regroupées afin de tenir compte à la fois de la rigueur et de l’opportunité — tout en préférant la première à la seconde 11 .

S’agissant des données probantes, il est généralement admis que les études méthodiques de conception stricte, dont celles de la Collaboration Cochrane 17 , de la Collaboration Campbell 18 , du Centre for Reviews and Dissemination 19 ou de l’Institut Joanna Briggs 20 , sont les sources de données probantes qui font autorité parce que les chercheurs ont dressé une compilation des études primaires, qui renferment un énoncé explicite des objectifs, de la documentation et de la méthode, et que l’étude s’est déroulée conformément à une méthode précise et reproductible 35 . De nombreuses études méthodiques sont de plus mises à jour périodiquement, au fil de l’émergence de nouvelles données probantes 36 . Cette actualisation de l’information est nécessaire vu que les études méthodiques et les méta-analyses qui demeurent statiques, « qui montrent leur âge », perdent en importance pour éclairer les décisions cliniques 37 .

Dans la mesure du possible, le résumé reprend des conclusions provenant d’études méthodiques ou de synthèses. Cependant que les résultats d’une seule étude sont insuffisants pour éclairer la prise de décisions ou l’élaboration des politiques, l’étude méthodique synthétise un grand volume d’information et, ce faisant, relève les lacunes de la recherche médicale mais également les effets bénéfiques et les effets néfastes des interventions examinées. L’étude méthodique, y compris la méta-analyse qui est en fait une synthèse mathématique des résultats d’au moins deux études primaires qui examinent la même hypothèse par la même lorgnette 35 , décortique un grand volume d’information pour la présenter ensuite en segments intelligibles.

En l’absence d’études méthodiques, les données probantes d’autres niveaux peuvent être utiles. Des systèmes et des méthodes permettent d’évaluer la qualité de ces formes de données probantes. Voici deux systèmes d’évaluation de la qualité des données probantes disponibles :

  • Le Groupe de travail sur les services de prévention aux États-Unis38 a conçu un système de cotation de la qualité des données probantes sur l’efficacité de traitements ou de modes de dépistage.
  • Le Centre for Evidence-Based Medicine39 à Oxford propose des niveaux de certitude des données probantes selon la structure de l’étude, et il évalue dans un esprit critique des études sur la prévention, sur le diagnostic, sur le pronostic, sur un traitement ou sur la toxicité d’une intervention.


Même en utilisant ces systèmes, il importe de savoir que les données probantes « les plus concluantes » varieront selon le mythe que l’on veut déboulonner. L’essai clinique comparatif et à répartition aléatoire, par exemple, pourrait ne pas être la source des données probantes les plus avantageuses pour démystifier un mythe. Et même si c’était le cas, il n’y en aura peut-être pas pour remettre en question le mythe répandu choisi. Quoiqu’il en soit, il demeure essentiel d’évaluer minutieusement toutes les sources de référence afin d’être certain que les données probantes sont suffisamment robustes.

Dans Is your evidence robust enough? Questions for policy makers and practitioners , Shaxson 40 précise cinq aspects indicateurs de la robustesse, et il formule des questions pour examiner ces aspects que voici :

  • la crédibilité — les données probantes crédibles constituent une argumentation plausible, et elles découlent de techniques éprouvées appliquées à la collecte et à l’analyse des données;
  • le caractère applicable — ou la transférabilité désigne la mesure dans laquelle les données probantes collectées à des fins précises peuvent être utilisées dans un autre contexte ou pour répondre à une autre question;
  • la fiabilité — dans l’élaboration de politiques éclairée par des données probantes, la fiabilité renvoie à la capacité d’utiliser les données probantes aux fins de la surveillance, de l’évaluation ou de la détermination de l’impact;
  • l’objectivité — les données probantes objectives ne sont pas influencées ou limitées par des hypothèses ou des valeurs;
  • la sincérité — ou l’authenticité recouvre la notion de saisir les nuances, d’étudier les hypothèses, d’encourager les autres à remettre en question la situation établie et de savoir qui utilisera les données probantes et à quelles fins.


La recherche documentaire

Dans leur recherche documentaire, les étudiants ont le loisir de consulter un certain nombre de bases de données. Pour connaître les bases de données à consulter selon le sujet de la recherche, il leur est conseillé de s’adresser à un bibliothécaire documentaliste ou un spécialiste des sources de référence qui indiquera les ressources les plus appropriées. Ainsi, la base de données EMBASE 41 sera tout indiquée s’il s’agit d’une recherche pharmacologique, alors que Cinahl 42 se prêtera davantage à la recherche dans le domaine des sciences infirmières. Les bases de données ont été constituées en fonction d’un auditoire précis, et, dans cette optique, rassemble de l’information précise. Le choix des bases de données est donc garant dans une certaine mesure de la pertinence des résultats de la recherche. Sachant cela, on voit bien que la propension à s’en tenir à une recherche générale dans PubMed 43 a ses limites.

PubMed est néanmoins une base de données prisée qui contient plus de 17 millions de mentions biomédicales provenant de MEDLINE et de revues sur les sciences de la vie. La base de données est dotée d’un outil de recherche particulier, paramétré avec une interface et un algorithme de recherche conçus précisément dans la perspective de la recherche sur les services de santé 44 . Quand la recherche documentaire est déjà sélective grâce à une telle fonctionnalité, elle produit des résultats qui englobent par le fait même des données de recherche pertinentes pour l’auditoire. Dans le cas qui nous occupe, la recherche documentaire à l’aide de cet outil relèvera des mentions portant sur les coûts et la qualité des services de santé, à savoir des données pertinentes pour les décideurs du système de santé.

Quelle que soit la base de données, il est avisé d'en connaître le fonctionnement. Elles ne sont pas forcément identiques sous cet angle. Il ne faut surtout pas s’attendre à ce que les moteurs de recherche et les bases de données fonctionnent comme Google, moteur de recherche populaire, accessible à tous. Juste le fait de connaître les principales fonctions d’une base de données peut orienter la recherche vers des mentions pertinentes et précises. Heureusement, les étudiants disposent de tutoriels en ligne qui réduiront au minimum le tâtonnement dans cette démarche. Vous en trouverez deux ci-dessous. À noter que les autres universités du pays en offrent probablement de semblables.


  • L’Université de Waterloo45 offre une introduction et trois modules de formation dans son site Web éducatif TILT@UW (Texas Information Literacy Tutorial). Le tutoriel aborde les fondements de la culture de l’information utiles dans la recherche documentaire en général.
  • L’Université de la Saskatchewan propose des guides présentant les bases de données, et la façon d’y naviguer, dont Cinahl46, Cochrane47 et PubMed48, ainsi que des guides d’évaluation de l’information49,50.


La technique « boule de neige »

Repérer les données probantes qui confirmeront l’existence du mythe répandu et les données probantes qui permettront de le réfuter nécessite le recours à une méthode dite de « boule de neige ». Cette technique est celle « du dépouillement des sources de référence des sources de référence » 51 .

Il va de soi que des méthodes de recherche établies sont de mise pour que la recherche ne biaise pas indûment le résumé. Consulter des chercheurs qui ont étudié le sujet en question est également avisé. Ces experts peuvent vous orienter vers les données probantes les plus concluantes, ou confirmer que ce sont les plus concluantes le cas échéant. À l’opposé de la synthèse, le résumé n’est pas la place pour présenter toutes les données probantes disponibles. Le résumé se concentre sur la crème de la crème de la récolte de la recherche.

Le perfectionnement de la recherche

Les premiers résultats de la recherche documentaire peuvent être assez généraux. Recenser des mentions qui abordent précisément le sujet passe par l’adaptation et le perfectionnement de la recherche documentaire. En journalisme, tous les reportages sont réputés porter sur un sujet et faire ressortir une idée à ce propos 52 . Pourtant, aborder un sujet et souligner un thème ne relèvent pas de la même démarche intellectuelle. Pour exposer le sujet, le récit rend compte du contexte (des renseignements généraux, des faits, les personnes en cause); l’élément central du récit, c’est le thème principal, le fil conducteur qui en relie toutes les parties, la réponse à la question « qu’en est-il vraiment? » 52 . Certes, la recherche documentaire initiale produira des mentions qui ont trait au sujet à l’étude. Elle devra être peaufinée toutefois pour repérer des sources de référence qui se penchent précisément sur le thème principal.

Ce n’est pas tout, il faudra cerner toute l’information sur le sujet que désirent les responsables de politiques et les gestionnaires. Parfois, l’information disponible ne couvre pas tous les aspects de la question. Ainsi, « la recherche sur l’efficacité d’interventions dans le domaine de la santé abonde, tandis que les données probantes sur leur rentabilité, leur mise en œuvre, leur caractère approprié du point de vue culturel ou sur leurs effets en matière d’inéquité en santé, ne sont pas toujours au rendez-vous, bien qu’elles revêtent de l’importance dans l’élaboration des politiques 25 . Lorsque vient le temps de peaufiner la recherche documentaire, il convient de tenir compte des désirs et des besoins des responsables de politiques et des gestionnaires. Cela permettra d’orienter la recherche et d’éviter d’avoir à fournir un complément d’information après la publication du résumé.

Le bannissement de la subjectivité personnelle, encore et toujours

La cinquième section du module est consacrée à l’examen du résumé, dernière vérification visant à s’assurer que le résumé À bas les mythes est solidement ancré dans les données probantes les plus concluantes. Il convient néanmoins de contenir l’influence des partis pris personnels tout au long de l’exercice de rédaction du résumé À bas les mythes. Il s’agit plus précisément de surveiller l’ingérence des opinions personnelles durant la recherche documentaire et la rédaction. Au moment de la recherche, il importe de se poser la question : « Ai-je pris en considération toutes les perspectives ou tous les angles du mythe? ». À la rédaction, la réflexion se poursuit en répondant à la question : « Ai-je passé outre des données probantes, en ai-je présenté sous un faux jour dans l’espoir de les rendre plus accessibles? »