Cerner le mythe
La démarche qui sous-tend la publication À bas les mythes commence par
la confirmation de l’existence du mythe. Un mythe est une croyance répandue mais
fausse23. La série À bas les mythes de la FCRSS a pour objectif
de démystifier certaines idées reçues dans les débats populaires sur la santé au
Canada en divulguant les données probantes de la recherche qui en démontrent l’invraisemblance.
Circonscrire un mythe reste possible, mais cela n’est pas chose aisée. La présente
section vous guidera dans cette entreprise, tout en vous mettant en garde contre
toute subjectivité.
L’objectif proposé
Les étudiants seront en mesure de démontrer l’existence d’un mythe, en puisant
de l’information dans des sources comme les médias d’information, Media Doctor Canada
ou des sondages d’opinion. Pour être un sujet qui se prête véritablement à un résumé
À bas les mythes, le mythe doit être très répandu.
La recherche de mythes
Ancien législateur de l’État du Massachusetts, John McDonough a vite saisi l’utilité
comme le danger de la prise en compte de récits dans le processus politique24.
Il a constaté à maintes reprises que le point de vue l’emporte souvent dans la décision
stratégique, malgré l’abondance des données probantes scientifiques. Et il a entendu
bien de vagues justifications de ces points de vue, notamment « J’ai lu ça quelque
part, mais je ne me rappelle plus où », « C’est mon frère qui m’a dit ça », et celle
qui remporte la palme à ses yeux, « Tout le monde sait cela! » De son expérience
John McDonough tire une question à poser invariablement dans le résumé de recherche
— « Où avez-vous pris cela? »
Les sources d’information qui entretiennent des mythes sont connues pour certaines,
moins pour d’autres. De façon détournée, Haines et ses collègues25 offrent
un aperçu de la façon de débusquer des mythes dans leur description des obstacles
qui entravent la mise en application des données probantes issues de la recherche.
La FCRSS est d’avis que certains de ces obstacles (indiqués ci-dessous) donnent
une indication des motifs pour lesquels les personnes croient qu’elles savent des
choses.
L’absence des données de la recherche dans les programmes d’études L’influence des médias sur la création de demandes ou de croyances inappropriées
L’influence des passades et tendances sociales Des doctrines idéologiques incompatibles avec les données de la recherche
La prédominance du mode de pensée à courte vue Les connaissances désuètes L’influence des prescripteurs qui s’oppose aux données de la recherche Des mentalités et des attitudes Les perceptions ou les croyances culturelles quant aux soins appropriés Les médias d’information sont sans doute la source de mythes la plus notoire.
Quand un média, ou n’importe quelle source en fait, présente comme un fait établi
de l’information sans fondement scientifique ou s’appuyant sur des résultats de
recherche peu robustes, cette information est probablement fausse ou inexacte. À
titre d’exemple d’une telle allégation, mentionnons le débat populaire sur la place
respective des secteurs public et privé dans la santé, alimenté par les médias ces
dernières années. Au chapitre des nombreux mythes sur ce sujet figure celui voulant
que le monopole du secteur public dans ce domaine soit à l’origine des listes d’attente.
À vrai dire, nombre de pays qui ont adopté une formule de financement mixte public-privé,
dont l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, sont aux prises avec des listes d’attente
dans leur secteur public encore plus longues que les nôtres26.
Le relevé des nouvelles peut s’avérer fastidieux et vain, plus encore si l’on
n’a pas accès à de nombreux médias. Heureusement, les bibliothèques universitaires
sont nombreuses à mettre à la disposition des usagers des fichiers de nouvelles
électroniques, tels Lexis Nexis27, FP Infomart28 et Factiva29,
entre autres. Aujourd’hui, des sources d’information, notamment Media Doctor Canada30,
Media Doctor Australia31, Health News Review32 aux États-Unis
et Hitting the Headlines33 au Royaume-Uni, offrent des analyses des nouvelles
parues récemment dans la presse également. De plus, la littérature étudie de plus
en plus les reportages sur la santé et le système de santé des médias de masse,
y compris des médias d’information. Voilà vers quoi se tourner en quête de mythes
potentiels.
Les sondages d’opinion et les études des perceptions représentent d’autres sources
de mythes, particulièrement quand les résultats révèlent que les perceptions vont
à l’encontre des données probantes les plus concluantes.
Par ailleurs, la FCRSS va plus loin, en demandant aux chercheurs et aux gestionnaires
leur opinion quant à des mythes potentiels. Par exemple, elle a posé la question
suivante à un groupe de chercheurs : « Dans la prise de décisions en matière de
politique ou de gestion, qu’est-ce qui vous dérange le plus parce que vous savez
que ça s’oriente dans la direction opposée de celle des données probantes de la
recherche? »
En dernière analyse, il est essentiel d’examiner d’un œil critique les débats
sur la santé pour cerner des mythes. Dans le domaine du journalisme, cette pratique
est la fonction de « chien de garde », qui a pour objectif de dévoiler les manquements
dans la prise de décisions et dans l’exercice du pouvoir34. Néanmoins,
cette surveillance peut outrepasser son objectif quand elle devient une pratique
visant à « bousculer de vieilles habitudes »34. Notez bien que le résumé
À bas les mythes a pour but de démystifier des idées reçues en diffusant
les données probantes issues de la recherche les plus concluantes de manière que
la lecture en soit agréable.
Le bannissement de la subjectivité personnelle
La tentation pourrait être grande de se servir d’un résumé À bas les mythes
pour exprimer une opinion personnelle et faire passer des convictions personnelles
ou des idées préconçues qui ne s’appuient pas vraiment sur des données de la recherche.
En réalité, une personne peut estimer qu’un sujet est un mythe sous l’influence
de ses partis pris personnels. Faire appel à des experts pour examiner le résumé
(cinquième étape de la démarche) constitue une façon de vérifier l’objectivité du
résumé au regard des données probantes les plus concluantes sur le sujet. Avant
d’en arriver là, il est indiqué de réfléchir d’abord sur ce qui a motivé le choix
de ce mythe. Il est sage de se poser dès lors certaines des questions prévues à
l’étape de l’examen du résumé, la plus importante étant « Ai-je tenu compte de tous
les points de vue ou opinions concernant le mythe choisi? » Bien entendu, la question
de savoir « Où avez-vous pris cela? » est également importante dans la contestation
d’un mythe; il tombe sous le sens que la réponse doive être ancrée dans les données
probantes issues de la recherche.