Rédiger le résumé
SI UNE IMAGE VAUT MILLE MOTS, UN BON RÉCIT VAUT DE NOMBREUSES COLONNES DE CHIFFRES.
LE RÉCIT PRÉSENTE DES IDÉES, DES PROBLÈMES ET, PARFOIS, DES RÉPONSES. IL A DE LA
PROFONDEUR ET DE L’ENVERGURE, IL SUSCITE DES ÉMOTIONS ET IL ADOPTE UN TON THÉÂTRAL;
IL PRODUIT UN EFFET PLUS MÉMORABLE QUE LE SIMPLE COMPTE RENDU DE DONNÉES 53
.
EN GÉNÉRAL, CE N’EST PAS À L’AIDE D’UN COEFFICIENT DE RÉGRESSION QUE LES DÉCIDEURS
RÈGLENT UN PROBLÈME. C’EST PLUTÔT GRÂCE À DES IDÉES QUI MÛRISSENT LONGTEMPS AVANT
D’ÉCLAIRER LE SUJET ET DE FACILITER AINSI LA PRISE DE DÉCISIONS 6 .
La recherche présentée par des « idées », plutôt que par des « données », est
celle qui influence le plus la prise de décisions en matière de gestion et de politique
6,54 . Ces idées ou ces messages concrets sont plus le prétexte à amorcer
la discussion avec les responsables de politiques et les gestionnaires que des réponses
toute faites. Le résumé est destiné à favoriser la collaboration entre les chercheurs
et les décideurs, non pas à la remplacer. La présente section offre des conseils
sur la rédaction du résumé de recherche en langage simple et clair, qui va droit
au but, à l’intention des responsables de politiques et des décideurs.
L'objectif proposé
Les étudiants seront en mesure de rédiger des messages pragmatiques, fondés sur
des données probantes, étayés par des statistiques éloquentes, dans un style vif.
La délimitation de l’auditoire
L’un des éléments centraux du « modèle de l’échange » dans le transfert des connaissances
est la nécessité d’une relation entre le producteur des connaissances et l’utilisateur
de ces connaissances. Dans cette relation, faire connaissance pour les interlocuteurs
est un processus continu. Certains des rédacteurs d’un résumé À bas les mythes
ont déjà établi de tels rapports. Pour d’autres, ce sera l’occasion de la première
rencontre avec l’interlocuteur ou l’auditoire concerné. Dans un cas comme dans l’autre,
avant de commencer à rédiger le résumé, il faut se demander « Quelle est l’essence
du récit que j’aimerais relater? » 55 . D’autre part, l’auteur rédige
et révise le résumé en tenant compte des besoins et des particularités des lecteurs
55 . Ces aspects rejoignent deux des importantes questions soulevées
dans la discussion sur la diffusion à la sixième section, que voici : (1) Quel est
le message que je veux faire passer ? (2) Qui forme l’auditoire à qui s’adresse
le résumé? Répondre dès maintenant à ces questions permettra à l’auteur de concevoir
le plan qui structurera le processus de rédaction. L’ouvrage From research to practice:
A knowledge transfer planning guide saura être utile pour encadrer cette démarche;
il renferme d’ailleurs de l’information très judicieuse à ce propos 22
.
La rédaction de messages pragmatiques, fondés sur des données probantes
La recherche recommande avec insistance de faire ressortir des messages concrets
du savoir issu de la recherche, plutôt que de simplement présenter un compte rendu
de recherche ou les résultats d’une seule étude 6 . Ces énoncés sont
à la forme active et font un usage limité des qualificatifs complexes, notamment
des renseignements méthodologiques ou techniques, qui sont le propre du rapport
de recherche. Les mises en garde sont importantes, mais le résumé de recherche ne
peut présenter, n’y espérer le faire, toutes les facettes de toutes les études examinées.
Il doit s’efforcer d’en extraire les principaux messages ou les retombées essentielles
des résultats de recherche pour les exprimer en langage simple, clair et vivant,
tout en renvoyant les lecteurs aux rapports de recherche complets pour obtenir des
renseignements précis.
L'art d’aller droit au but
Les responsables de politiques et les décideurs voudront savoir en quoi le sujet
sur lequel vous écrivez importe pour eux. Il est impératif d’indiquer dès le début
sur quoi porte l’exposé et d’inciter les lecteurs à poursuivre la lecture du résumé.
Si vous manquez le coche, vous aurez perdu une partie de votre lectorat.
Comme cela se produit dans le monde du journalisme, le résumé qui « amplifie
les faits par pur sensationnalisme, qui passe outre certains faits, qui tombe dans
des stéréotypes ou qui brosse un portrait indûment négatif de la situation » perdra
de sa crédibilité 56 . Ne passez pas outre des renseignements et des
mises en garde importantes sous prétexte d’aller droit au but. Vous réécrirez sans
relâche jusqu’à ce que vous synthétisiez le texte; il faut donc réserver beaucoup
de temps à la révision.
Le titre du résumé À bas les mythes est particulièrement important, au
point de s’y attarder. Dans les médias d’information, la manchette et l’introduction
sont souvent écrites par l’éditeur, non pas par le journaliste qui a couvert le
sujet. C’est pourquoi la manchette peut apparaître un peu étrangère au fond de l’article.
Comme le résumé se précise au fil de la rédaction, ainsi va le titre. Le titre et
le sous-titre d’un résumé À bas les mythes connaissent souvent plusieurs
versions avant d’en arriver à leur forme finale.
Les deux mots d’ordre : l’économie de mots et le style vif
À l’instar de l’article dans la presse, le résumé s’accommode mal de la forme
passive, des phrases fleuves, des métaphores ambiguës et des clichés. Sachez que
« les lecteurs sont rebutés par un texte mal rédigé, et qu’ils n’accordent pas de
seconde chance » 55 . Pour veiller à la suite logique des idées, rien
de mieux que la phrase déclarative simple qui exprime une seule idée. Un texte rédigé
de cette manière est compréhensible et captive le lecteur 55 .
Quand la longueur du texte est limitée, par des contraintes tenant à l’espace,
à deux pages, soit de 800 à 1 000 mots, par exemple, vous devriez recourir à des
stratégies vous permettant d’en dire beaucoup en peu de mots. Ainsi, vous pourriez
présenter de l’information dans des graphiques, des tableaux, des listes ou des
diagrammes, comme vous pourriez mettre en relief les phrases ou les extraits qui
représentent le mieux les principales sections.
Ne perdez pas de vue qu’un texte de deux pages peut paraître beaucoup plus long
lorsque les tableaux ou les graphiques ne font que semer la confusion ou que le
texte est à la forme passive, sans les précisions nécessaires. Pour rédiger un résumé
bref et pertinent, l’auteur devrait adopter le style familier.
Le récit et l’anecdote pour accentuer le thème du résumé
IL Y A PEU DE DOMAINES DE L’ACTIVITÉ HUMAINE QUI SE PRÊTENT MIEUX À L’ANECDOTE
QUE CELUI DES SERVICES DE SANTÉ 57 .
L’historien et analyste de la politique de la santé Dan Fox a eu ce mot désormais
célèbre, « Le pluriel d’anecdote est politique » 58 . Dans un résumé
À bas les mythes, l’anecdote peut très bien servir à présenter le sujet et
à susciter l’action. Cependant, le résumé À bas les mythes ne doit pas s’en
tenir à des données probantes anecdotiques, il doit contenir l’essentiel de toutes
les données probantes de la recherche sur ce sujet. En 2006, un numéro de Données
à l’appui — série de résumés de recherche qui soulignent des options stratégiques
et de gestion en santé, éclairées par des données probantes, — commence par un récit
sur Jean Sauvé, veuf de 72 ans souffrant de diabète et d’hypertension, traité par
plusieurs médicaments 59 . Par cette anecdote, la FCRSS voulait tracer
le portrait du phénomène « de la porte tournante » dans les soins hospitaliers,
lequel touche principalement les populations vulnérables du Canada qui ont besoin
de soins médicaux constants, mais non en urgence 59 . Ce ne sont pas
tous les sujets À bas les mythes qui seront bien illustrés par un récit.
Pour ceux qui le sont, l’anecdote est l’outil qui s’impose pour piquer la curiosité
du lecteur et l’inciter à poursuivre sa lecture pour prendre connaissance des données
de la recherche.
Dans Il était une fois... L’usage et l’abus de récits et d’anecdotes dans
le secteur de la santé, l’auteur explique ainsi l’attrait des anecdotes dans
ce domaine de l’activité humaine : « Il se peut que l’anecdote attire tellement
les lecteurs parce qu’elle est bien connue et, par conséquent, confortable, comme
une vieille paire de pantoufles » 57 . Les médias d’information ont la
triste réputation de se confiner aux données anecdotiques, considérées comme étant
« au plus bas échelon de l’échelle de certitude des données probantes en sciences
» 60 . Sans vouloir contester cela, le récit et l’anecdote ont tout de
même une utilité dans l’échange d’information, comme en témoigne Mullen 58
:
Les expressions « fondé sur des données probantes » ou « fondé sur des données
» prédominent dans le discours politique de nos jours, et « l’anecdote » au titre
de donnée probante est tout autant décriée par les milieux politiques que par les
milieux médicaux. Pourtant, tout aussi importante que soit l’argumentation raisonnée
dans l’utilisation des données scientifiques quantitatives pour éclairer la prise
de décisions cliniques ou politiques, l’anecdote — le récit des événements de la
vie éminemment subjectif — demeure un moyen sûr de capter l’attention de l’esprit
humain.
Lorsqu’il s’agit d’un reportage sur la recherche dans l’actualité, Seale
61 est d’avis « qu’il est nécessaire de simplifier à un certain degré pour
créer l’opposition saisissante qui est au cœur du récit » (p. 514).
Dans son exposé sur la narration efficace, Stephen Denning précise la grande
utilité du récit dans le transfert des connaissances. Bien que son article s’adresse
au milieu des affaires, ses enseignements sont tout aussi pertinents pour quiconque
désire gagner en efficacité dans la transmission des connaissances et la stimulation
de l’action. Selon lui, la clé de la narration efficace réside dans le choix du
récit en fonction de l’objectif visé. Parmi les objectifs des histoires examinées
par Stephen Denning figurent la stimulation de l’action et le partage des connaissances
62,63 .
| OBJECTIF | L'HISTOIRE DOIT : | LE NARRATEUR DOIT : |
| Stimuler l'action | décrire un changement positif | éviter la surabondance de détails |
| Partager des connaissances | mettre l'accent sur des erreurs, la façon dont elles ont été corrigées
et la pertinence de la solution trouvée | solliciter des solutions de rechange |
Voici des ressources utiles sur le récit, l’anecdote et l’essai efficaces :
§ Dans The story of knowledge: Writing stories
that guide organisations into the future, les auteurs s’inspirent des fondements
du sujet établis par Denning, entre autres, pour affirmer que des récits bien construits
peuvent être un élément de motivation du changement organisationnel64.
§ Les auteurs de Made to stick: Why some
ideas survive and others die précisent la façon d’entretenir les idées pour qu’elles
soient comprises, qu’elles restent ancrées dans la mémoire et qu’elles produisent
un effet durable en stimulant un changement de mentalité dans l’auditoire cible65.
Ils puisent la notion de « l’idée qui colle » et le vocabulaire connexe de l’ouvrage
de Malcolm Gladwell, The Tipping Point. À titre de complément d’information à l’hypothèse
fondamentale de Gladwell65, ils proposent six caractéristiques de l’idée
durable : la simplicité, l’imprévisibilité, le caractère concret, la crédibilité,
l’émotivité et la narration.
Des chiffres révélateurs
LES CHIFFRES NE « PARLENT » PAS, MAIS ILS PEUVENT VOUS EN DIRE LONG, AUTANT QU’UNE
SOURCED’INFORMATION HUMAINE. TOUTEFOIS, COMME AVEC LES HUMAINS, VOUS DEVEZ DEMANDER!
66
Pour le néophyte, la méta-analyse, l’ampleur de l’effet, le ratio d’incidence
approché sont des concepts insaisissables. Il revient à l’auteur, qui veut être
lu par des responsables de politiques et des décideurs notamment, d’interpréter
ces statistiques. À ce chapitre, bien des ressources ont été conçues à l’intention
des auteurs, débutants ou avancés :
- Dans Statistics every writer should know: A simple guide to understanding
basic statistics, for journalists and other writers who might not know math,
l’auteur présente une vue d’ensemble des principes fondamentaux de la statistique
à l’usage des rédacteurs66.
- Les auteurs de Drugs in the news: How well do Canadian newspapers report
the good, the bad and the ugly of new prescription drugs? établissent, exemples
à l’appui, la distinction entre le risque absolu et le risque relatif67.
Dans Risky business: Making sense of estimates of risk, David Streiner approfondit
la question68.
- Le Groupe Hayward a conçu une série What is . . . ? qui répond à des questions
telles « Qu’est-ce que le ‘nombre de patients à traiter’? » « Qu’est-ce que
la rentabilité? » ou « Qu’est-ce qu’une méta-analyse? »69.
- D’autres ressources décrivent la signification des résultats numériques
de la méta-analyse et de l’étude méthodique70,71,72.
Le bannissement de la subjectivité personnelle
Dans les sections précédentes, la question de l’interférence des partis pris
personnels dans un résumé de recherche a été abordée. Pour rédiger un résumé
À bas les mythes efficace, le mythe comme les données probantes qui le contestent
ne doivent pas être teintés des vues personnelles du rédacteur. Au moment de la
rédaction, le rédacteur tient bon et contient l’influence de ses opinions en se
demandant : « Ai-je passé outre des données probantes, ou en ai-je présenté sous
un faux jour dans l’espoir de les rendre plus accessibles? »